Tendre l’autre joue: Plus jamais!!

Quel plaisir de voir un café au lait parfaitement exécuté! Un café expresso flottant soigneusement sur du lait chauffé à la vapeur, une œuvre d’art impeccable alliant le noir et le blanc, le tout couronné d’une mousse de lait pour une touche décorative. Qui oserait brouiller un assemblage aussi éblouissant?

Je remue mon café au lait avec une cuillère, éprouvant un certain pincement au cœur pour avoir dérangé ce beau mariage de couleurs. Je regarde fascinée les couleurs se laisser emportées dans un tourbillon gracieux, se mêlant et s’entremêlant jusqu’au point où elles s’unissent pour créer un mélange homogène, un mélange qui donne au café au lait son arôme particulier et sa saveur addictive célèbres dans le monde entier. Il est trop tard maintenant pour faire marche arrière. Que puis-je si ce n’est de m’installer confortablement pour savourer ma délicieuse boisson.

Cet instant d’intense rêverie m’a renvoyée à la question des races, un sujet certainement plus complexe et beaucoup moins agréable que la dégustation de mon café au lait.

Des crimes monstrueux, commis au nom de la race, ont récemment secoué les Etats-Unis, mettant en lumière une division raciale devenue encore plus manifeste. Lorsque l’on soulève la question raciale aux Etats-Unis, la première chose qui vient à l’esprit de tout un chacun est la question de couleurs.

Les relations raciales aux Etats-Unis ont toujours été définies selon des ‘lignes de couleurs’ strictes et teintées d’une forte dose de racisme. Dans une Amérique où la classification raciale basée sur la couleur est de rigueur, le blanc se situe au sommet de l’échelle, avec tous les droits et les privilèges qui lui sont attribués, alors que le noir se retrouve en bas de l’échelle, condamnés au lourd fardeau de la discrimination constante.

Le code des couleurs – une notion si commune en Occident, pourtant évoquant le souvenir douloureux d’un passé tragique pour les Africains et leurs descendants ; un concept qui remonte au temps de l’esclavage et de la colonisation, à une époque où les Européens s’en sont servi pour codifier les relations raciales le transformant en une stratégie qui leur a permis d’exploiter les richesses et les peuples de l’Afrique sans aucun remords, en toute impunité et avec une cruauté sans pareil. Un passé sombre que l’Afrique veut à tout prix s’en défaire…

A l’heure actuelle où l’on assiste à une montée du sentiment anti-noir aux quatre coins du monde, un cas particulier a retenu toute mon attention.

L’incident s’est produit au mois de mars de cette année dans un restaurant chinois situé dans un des quartiers chics de Nairobi, au Kenya. Le restaurant chinois au cœur du scandale qui a éclaté a été accusé d’avoir refusé l’accès des lieux à la clientèle noire africaine (Kenya : un restaurant chinois ferme pour « racisme »).

Ce fut un grand choc pour moi d’apprendre une telle nouvelle. Un racisme aussi flagrant rappelant un passé plutôt proche de ségrégation raciale en Afrique, se déroulant sous nos propres yeux ! Dans notre propre cour ! Comment cela peut être possible ?

Alors que l’on pensait que notre passé était loin derrière nous, les vestiges nous laissent l’arrière-goût amer d’une époque révolue. Il semblerait que les vieilles habitudes ont la vie dure. La tête hideuse du racisme a resurgi une fois de plus sur notre continent. Mais cette fois-ci, il affiche un nouveau visage – un visage chinois.

L’incident a rouvert une ancienne plaie, une plaie qui n’a jamais vraiment guérie.

La nouvelle a déclenché des ondes de choc à travers la ville de Nairobi et partout ailleurs. Suite à la colère publique et au tollé général, l’établissement s’est vu fermé ses portes par les autorités locales faute de n’avoir pas pu présenter un permis de travail valable, un délit sanctionné par la loi (Nairobi county govt closes ‘racist’ Chinese restaurant).

Entretemps, le scandale a éclaté sur les réseaux sociaux sous les hashtags #NoBlacksAllowed et #RacistRestaurant. Les citoyens kenyans ont dénoncé haut et fort le visage peu connu du racisme (Kenyans on Twitter show Chinese #RacistRestaurant that Africans Run the Town). Par ailleurs, ils ont été critiques de la façon dont les autorités kenyanes ont géré l’affaire, appelant à une plus grande répression des cas de racisme commis par des chinois ainsi qu’au déploiement de mesures plus drastiques afin de prévenir de tels incidents à l’avenir.

Les cas de racisme chinois en Afrique ne sont pas aussi isolés comme on l’aurait souhaité. Dans son excellent ouvrage intitulé China’s Second Continent: How a Million Migrants Are Building a New Empire in Africa, le journaliste chevronné, Howard French, nous donne un aperçu unique des relations entre les citoyens africains et les migrants chinois installés en Afrique.

Les témoignages sincères de ses caractères chinois nous révèlent une vérité qui dérange : le racisme chinois est bel et bien réel en Afrique, s’exprimant essentiellement d’une façon déguisée, quoique par moment d’une manière assez ouverte.

Ceux d’entre nous qui avons suivi les confrontations violentes entre les mineurs et les superviseurs chinois dans les mines de cuivre en Zambie, les dures épreuves que subissent les citoyens africains vivant à Guangzhou, ville chocolat de la Chine (Villes chocolat et hommes en boîtes), les abus et les attaques en ligne dirigés contre les nationaux africains (If Online Comments are any Evidence, China has an Anti-African Racism Problem), ou encore ceux d’entre nous qui étions témoins voire même victimes du racisme chinois, voient en ces cas l’esquisse d’une tendance.

L’histoire va-t-elle se répéter ? La Chine s’apprête-t-elle à devenir la nouvelle maîtresse de l’Afrique ?

Pourtant, les relations entre la Chine et l’Afrique semblent revêtir une allure nouvelle et différente. La Chine s’est présentée en Afrique avec un nouveau mantra : une relation gagnant-gagnant fondée sur les principes de l’égalité, du respect mutuel et de la réciprocité des avantages.

Pour vendre sa stratégie, la Chine a lancé une offensive de charme pour séduire le continent. Un financement facile, des projets de développement gargantuesques dans divers secteurs, une panoplie de mesures d’aide, des opportunités de formations et de bourses de scolarité commencent à se déverser sur le continent à un rythme et une échelle jamais vus auparavant. Les Zones Economiques Spéciales commencent à prendre forme tandis que des bases militaires chinoises à Djibouti et au Zimbabwe pourraient se matérialiser dans un futur pas trop éloigné.

De nouvelles relations diplomatiques sont nouées, élargissant ainsi la présence chinoise en Afrique et au sein des institutions du continent, comme l’atteste la récente inauguration du Bureau permanent de la Chine auprès de l’Union Africaine. Les liens existants ont été renforcés avec la restauration des ambassades africaines à Pékin, alors même que les médias chinois déploient leurs ailes sur le continent pour raconter le récit positif de l’Afrique.

L’argument de vente de la Chine est présenté sur un fond historique des relations sino-africaines. La Chine se dépêche de souligner qu’elle est loin d’être une nouvelle arrivante sur le continent, contrairement à ce que beaucoup d’Africains ont été amenés à croire. Dans son ouvrage intitulé ‘L’histoire des chinois en Afrique jusqu’à 1911’ (‘A History of Overseas Chinese in Africa to 1911’ (Exploring the History of Sino-African Links), l’auteur chinois, Li Anshan, retrace les relations entre les deux côtés qui remontent au voyage de Zheng He en Afrique au début du 15ème siècle, précédant l’arrivée des Européens sur le continent.

Le livre cherche à mettre en exergue les liens pacifiques et amicaux qui s’étaient établis à l’époque entre la Chine et l’Afrique et qui tranchent violemment avec l’invasion brutale et impitoyable du continent par les Européens. Par ailleurs, il attire l’attention sur les similitudes que partagent les deux côtés, y compris le phénomène de la discrimination raciale que leurs peuples respectifs ont subi aux mains des Européens.

Hier comme aujourd’hui, la Chine semble être venue en Afrique en paix et en amitié, et sa présence sur le continent semble dénudée de toute aspiration impérialiste. Du moins, en apparence.

Malgré cela, ses efforts pour séduire l’Afrique n’ont pas vraiment réussi. Son offensive de charme cible en premier lieu les dirigeants africains et leur entourage, qui sont les plus grands bénéficiaires de l’attention et des soins prodigués.

En gage d’amitié, la Chine déroule le tapis rouge et organise des fêtes somptueuses en l’honneur des dirigeants africains et de leurs délégations, sponsorise des réunions et des conférences en leur nom alors même qu’elle les couvre de cadeaux et les entoure de soins attentifs.

Cependant, le partenariat tant vanté pour ses mérites dément la réalité sur le terrain. La stratégie de la Chine peine à atteindre la majorité des citoyens africains, engendrant ainsi un malaise palpable à travers le continent.

Les cas de racisme chinois jettent de l’huile sur le feu, soulevant encore plus de doutes dans l’esprit de nombre d’africains. Pour eux, les couleurs de cette relation viennent tout juste de d’être dévoilées, remettant en question le vrai motif de la Chine en Afrique.

La Chine va-t-elle jouer la carte raciale en Afrique tout comme l’Europe l’avait fait avant elle ?

Sur le plan officiel, le gouvernement chinois n’a pas de politique raciale déclarée ni n’approuve du racisme. Il est donc peu probable que la Chine, en tant que pays, puisse faire usage de la carte raciale – du moins pas pour l’instant.

Mais pour ce qui est des migrants chinois installés en Afrique, c’est toute une autre histoire.

Au cours des 10 dernières années, les chinois ont émigrés massivement vers l’Afrique en quête du rêve ‘africain’. Comme l’ouvrage de Howard French l’a si bien documenté, les migrants chinois qui ont choisi de s’installer en Afrique sont motivés par la possibilité de recommencer à zéro et de bâtir une vie prospère en toute liberté – une bien meilleure option que ce qu’ils avaient chez eux.

Tout ce qu’ils savent de l’Afrique, c’est que c’est un ‘point chaud’ dans tous les sens du terme, une terre d’opportunité tout de même, les attirant et les entraînant dans des aventures à même de changer leurs destins.

Et c’est à peu près tout.

Le peu de connaissances qu’ils possèdent concernant la diversité du continent africain et de ses peuples, auquel s’ajoute leur préjugé culturel envers la couleur noire, est en passe de transformer rapidement leur parcours joyeux vers le bonheur en un voyage semé de troubles et de déceptions.

S’agit-il donc d’un décalage entre les dires et les faits de la Chine, d’un fossé de perceptions entre les responsables chinois à Pékin et les migrants chinois venus s’installer en Afrique ?

J’en doute. Voilà pourquoi.

Je suis toujours choquée chaque fois que j’entends la remarque suivante, lancée de façon anodine par les citoyens ordinaires, les responsables et les medias chinois : ‘Les africains sont paresseux’, une remarque à forte connotation raciale, devenue le refrain favori des chinois lorsqu’ils font allusion aux nationaux africains.

Ce préjugé constitue ni plus ni moins un affront pour les femmes et hommes africains, qui s’acharnent sans relâche à améliorer leurs conditions de vie ainsi que celles de leurs communautés et de leurs nations. Ils constituent les héros méconnus de l’Afrique, les preuves vivantes de l’incroyable ténacité et résilience des citoyens africains face à d’innombrables épreuves et difficultés.

N’est-ce pas la même remarque que les responsables chinois brandissent pour justifier l’importation de la main-d’œuvre chinoise vers l’Afrique?

En général, les autorités chinoises, plutôt enclins à montrer le côté positif des relations Afrique-Chine, ont tendance à minimiser le phénomène racial et à le reléguer à un vice sans conséquence pour la vue d’ensemble. Toutefois, laisser le racisme chinois s’empirer en Afrique est de mauvais augure pour une relation qui doit encore s’épanouir et mûrir, une relation qui s’annonce l’une des plus prometteuses pour l’Afrique au 21ème siècle.

Si les événements survenus récemment aux Etats-Unis nous servent de repères, la stratégie consistant à balayer la question raciale sous le tapis ne manque pas de se retourner contre elle-même. Le passé racial agité de l’Amérique, constamment  enchevêtré dans le présent, se situe au cœur de l’actuel cycle de violence et de haine.

En choisissant de ne pas confronter ses démons et de faire la paix avec son passé, les Etats-Unis vont droit vers une crise sociale majeure. Ce ne sera pas long avant que la montée des tensions raciales n’atteigne le point de non-retour, faisant éclater le bouchon au ‘creuset’ racial américain et mettant en lambeaux sa société structurée selon une code couleur bien précise.

Jouer la carte raciale se révèlera désastreux pour toutes les parties concernées. Les Etats-Unis offrent la parfaite illustration d’une stratégie raciale qui a complètement échoué. Plus près de chez nous, un pareil destin attend l’Afrique du Sud, la nation ‘arc-en-ciel’ où l’histoire épouvantable de l’apartheid a laissé une marque indélébile, où les tensions raciales ont été négligées au nom de la ‘réconciliation nationale’, et où la menace d’une bombe sociale qui risque d’éclater à tout moment est bien réelle.

Qu’est-ce qui fait que la question raciale attise autant nos sentiments, fait ressortir le pire en nous, et détruit notre humanité ? Est-ce juste une question de couleurs ou s’agit-il d’une toute autre chose?

Dans un avenir pas tellement lointain, la notion de couleur est vouée à disparaitre et à tomber dans les oubliettes. Avec tout le mélange et la fusion autour de nous, les lignes de couleurs s’effacent rapidement à mesure que les couleurs se fondent et se déteignent entre elles. Eventuellement, on aboutira à un monde où le mélange de races et de couleurs empêchera toutes démarcations – tout comme mon café au lait. Alors que l’on se dirige vers ce monde indifférent à la couleur, le racisme se révèlera une stratégie infondée et inutile.

Qu’est-ce le racisme si ce n’est une piètre excuse qui cache un fait important ?  En focalisant toute notre attention et notre énergie pour combattre le racisme, est-ce qu’on n’est pas entrain de passer à côté d’un aspect fondamental ?

Il est temps de lever le voile sur le racisme. Nous devons décoder et démystifier les relations raciales, approfondir notre recherche pour exposer la vérité. Ce qui demeure est un constant qui sous-tend toute relation humaine : le pouvoir.

En tant que femme, je ne considère pas qu’il y ait une énorme différence entre le racisme et le sexisme. Dans les deux cas, il s’agit d’un rapport de pouvoir.

Le racisme, tout comme le sexisme, se manifeste lorsqu’il y a un déséquilibre de pouvoir, apparent ou réel. Au cœur de toute relation raciale se trouve la quête éternelle d’asseoir son pouvoir sur l’Autre, considéré comme menace existentielle pour une raison ou pour une autre.

Au lieu d’être une finalité en soi, la race, tout comme le genre, est un moyen pour opprimer et faire valoir la suprématie, souvent de manière violente. Dans son discours lors des funérailles à Charleston, le Président Obama assimile les actes de violence raciale à ‘[des] moyen de contrôle, [des] instrument[s] pour terroriser et opprimer’ (Obama gives searing speech on race in eulogy for Charleston pastor).

Cependant, de tels actes ont pour but de nous confondre et de détourner notre attention du vrai problème. Si l’on ne commence pas à voir le racisme pour ce qu’il est réellement – un moyen en vue d’une fin – il continuera de nous distraire et de nous empêcher d’aborder l’équation du pouvoir.

Dans un monde où le pouvoir constitue une finalité en soi, ce qui importe le plus c’est la situation dans laquelle on se situe. Notre destin dépend de la façon dont on se décide de jouer le jeu de pouvoir et le côté sur lequel on finit par se retrouver. Alors, sommes-nous prêts à nous battre pour emporter la bataille pour le pouvoir ? Ou sommes-nous prêts à capituler et à tendre l’autre joue ?

Je vous laisse décider. Pour ma part, j’ai décidé et ma décision est celle-ci: Jamais ! Pas durant ma vie, plus jamais!

J’ai un message pour tous ceux d’entre vous qui êtes impliqués dans le problème racial. Voici mon message.

A tous ceux qui viennent en Afrique en tant que partenaires, femmes et hommes d’affaires, et migrants

L’époque où la discrimination raciale basée sur la couleur constituait le fardeau de l’Afrique, où le continent était convoité pour ses richesses tandis que ses citoyens étaient rejetés et recalées sur leur propre sol, où l’Afrique était complètement ignorée et où ses besoins et priorités étaient relégués au plan d’une pensée après-coup, est dépassée.

Nous refusons de souscrire à un système de codification de couleurs visant à nous limiter, à retarder notre croissance et à nous empêcher d’atteindre notre plein potentiel. Si vous pensez que vous pouvez recycler un système qui ne marche pas, réfléchissez-y à deux fois avant de vous lancer. L’Afrique ne retournera pas en arrière, ne répètera pas les mêmes erreurs, ou ne tendra pas l’autre joue, même pour ses amis les plus proches.

Ce que l’Afrique souhaite avant tout, c’est de faire table rase pour pouvoir établir les bases d’une relation selon ses propres termes et sur un pied d’égalité avec ses partenaires, anciens et nouveaux. Le terrain de jeu international n’a jamais été aussi plat pour notre continent, et nous ferons de notre mieux pour profiter de toutes les opportunités qui se sont présentées pour ratisser large et saisir les meilleures offres. D’ailleurs, pourquoi rester figé dans un monde bipolaire – l’Occident contre la Chine – alors qu’il y a une multitude d’autres choix?

Aux dizaines de milliers de portugais, aux vagues d’indiens, au plus d’un million de chinois et tous les autres immigrés qui arrivent en Afrique en quête de meilleurs horizons, si vous avez mal compris et interprété notre hospitalité comme une faiblesse, vous vous trompez.

Nous accueillons tous nos invités à bras ouverts, mais l’Afrique ne sera pas l’invité indésirable dans sa propre maison. Vous pouvez vous mettre à l’aise dans notre maison mais nous exigeons d’être traités de la manière dont tout hôte se doit de l’être – avec le plus grand respect.

Les temps ont changé, et nous aussi. Nous ne commettrons pas la même erreur que par le passé.

Il est impossible de revenir en arrière. Ceux qui veulent continuer à voir l’Afrique sous le même prisme de couleurs doivent comprendre que leurs vues appartiennent à une ère révolue. Ils doivent reconnaître et accepter que le monde a changé, de peur qu’ils ne se retrouvent à l’envers de l’histoire.

A vous, les dirigeants africains

N’avez-vous rien appris de notre triste passé? Ne comprenez-vous pas que les lignes de couleurs et de races ne sont là que pour nous diviser et nous affaiblir, nous rendant une proie facile à tous ceux qui sont là que pour nous exploiter ? Etes-vous vraiment prêts à prendre le risque et à sacrifier la liberté et la dignité de votre peuple, une fois de plus ?

Je suis convaincue qu’aucun de vous, dirigeants africains, ne souhaiterait une rediffusion du passé.

C’est exactement pour cette raison que nous ne devons pas recaler les incidents raciaux, même les plus banals. L’Afrique ne peut pas se permettre d’être aveugle au problème du racisme qui se déroule sur son propre sol. Et en votre qualité de dirigeants, vous devez dire : pas en mon temps, pas dans ma cour !

Nous devons prêter attention au spectre de la ségrégation raciale qui est toujours là, tapis dans l’ombre, aux aguets, et prêt à sauter sur nous lorsque l’on s’attend le moins. Les cas de racisme, tels que celui du restaurant chinois à Nairobi, sont des rappels poignants de la tournure rapide que les choses peuvent prendre. Sans que l’on s’y rende compte, un racisme éhonté peut s’implanter et devenir la norme en Afrique.

C’est pour cette raison que le leadership africain, en collaboration avec ses confrères chinois, doivent faire le nécessaire pour décourager et supprimer toute tendance et intention raciste, en se mettant à l’affut des signes avant-coureurs, en comblant toutes les failles et en refusant de reconnaitre le bien-fondé de tels actes.

Pour sa part, la Chine devra adopter une position claire sur ce sujet et prendre des actions immédiates afin d’éviter toute spéculation et escalade. En outre, elle doit éduquer ses nationaux en ce qui concerne l’Afrique et ses citoyens, établir un code de conduite pour ceux d’entre eux qui s’installent sur le continent, et s’assurer que sa stratégie gagnant-gagnant livre ses promesses à la majorité de la population africaine.

Mais, jusqu’à ce que cela se réalise de manière concrète, on ne peut pas avoir la conscience tranquille. A mesure que la Chine s’affirmera dans un monde géopolitique en pleine mutation, la probabilité qu’elle fasse usage de la carte raciale comme carte joker ne peut pas être entièrement exclus.

Ne pas résoudre la question raciale n’est pas un choix pour l’Afrique. Mais si l’on s’y accommode, le risque de voir des violences raciales éclater sur le continent, tels que celles que l’on a assistées aux Etats-Unis, n’est pas une idée aussi farfelue.

En tant que dirigeants, vous devriez faire passer un message clair et ferme à tous les partenaires actuels de l’Afrique ainsi qu’à ses futurs prétendants. Nous devrons faire savoir à quiconque qui veuille traiter avec nous que nous n’avons aucune tolérance, ni aucune place pour le racisme, ou toute autre déclinaison dégradante, dans l’Afrique d’aujourd’hui et de demain.

Dirigeants africains, posez-vous la question de savoir si le traitement spécial qui vous est réservé de façon si exclusive ne vous obstrue pas la vue vous empêchant de déceler les lacunes dans les relations, et ce faisant ne vous éloigne davantage de votre peuple.

L’histoire nous a montré à maintes reprises qu’à chaque fois que l’écart qui se creuse entre le leadership africain et ses citoyens s’élargit, l’Afrique se retrouve dans une position particulièrement vulnérable par rapport au reste du monde, l’exposant à un fort risque de manipulations et d’invasions.

Dirigeants africains, vous ne pouvez pas restés séparés du peuple que vous êtes supposés gouverner. Si le 21ème siècle se doit d’être africain, la renaissance de notre continent devra commencer par nous.

Embarquons dans un processus de guérison pour faciliter la cicatrisation de nos anciennes plaies et combler nos fossés, une guérison qui n’est possible qu’à travers la réconciliation entre nous-mêmes. Marquons une rupture avec le passé, donnons-nous la main, et dressons un front commun pour contrecarrer toute menace éventuelle et proposition indécente.

Dirigeants africains, soyez à l’écoute de vos peuples et soyez sensibles à leurs douleurs et à leurs besoins puisqu’ils sont aussi les vôtres. Rappelez-vous ceci : l’échec de votre peuple est votre échec, le succès de votre peuple est votre succès.

Pour que l’Afrique puisse se tenir debout toute seule, donnez à votre peuple la chance de se développer et de s’épanouir, l’opportunité de réclamer ce qui lui revient de droit. Montrez à vos peuples le possible, et ils vous donneront l’impossible. Il n’y a de reconnaissance plus profonde que celle qui vient du cœur de votre propre peuple.

Faites en mesure que votre héritage compte, un héritage que les générations futures s’en rappelleront. Commencez par faire passer votre peuple avant tout et assurez-vous que vos actions s’accordent avec vos dires afin que vos paroles sonnent juste pour tous vos citoyens. Personne ne voudra entendre des excuses, des paroles lancées dans le vide et des promesses non tenues ou encore lire votre mémoire retraçant vos regrets de ne pas avoir agi lorsqu’il le fallait bien après que vous auriez quitté le pouvoir.

Dirigeants africains, agissez maintenant pour vous et pour votre peuple, alors que vous êtes toujours au pouvoir, alors que vous avez la possibilité de prendre des décisions affectant votre nation et votre continent. Répondez aux questions que vos peuples vous posent ici et maintenant – pas après. Développer la puissance de votre peuple pendant que vous êtes au pouvoir afin que l’Afrique puisse se battre et emporter la lutte pour le pouvoir.

Mon dernier mot à vous, la jeunesse africaine

Réveillez-vous, jeunes filles et fils de l’Afrique! Ceci est un appel à l’action. Ne baissez pas la garde puisque la bataille n’est pas encore achevée. Nous ne devons pas avoir de répit tant que nous n’aurons pas débarrassé notre continent des restes et des nouvelles formes de racisme qui continuent de nous maintenir enchaînés. Nous poursuivrons notre combat contre ce mal jusqu’à ce que nous deviendront assez puissants pour pouvoir imposer notre volonté et nos voies.

Vous pouvez vous sentir détachés et marginalisés du fait que votre génération a été réduite au statut de simple observateur aux affaires de votre propre maison. Je comprends votre frustration chaque fois que des opportunités qui vous reviennent de droit vous sont arrachées, vous laissant dehors dans le froid.

Je ne peux qu’imaginer ce que vous pouvez ressentir face aux quelques signes d’espoir et au rythme lent de la transformation s’opérant sur votre continent, alors que vous vous attendiez à vivre des changements radicaux et des résultats concrets au cours de votre vie. Je sais que vous êtes las d’attendre, de promesses creuses et de rêves insaisissables.

Personnellement, je partage votre peur. Je suis complètement affolée à l’idée de me réveiller chaque matin et de me rendre à l’évidence d’un quartier chinois qui prend forme lentement mais sûrement dans mon propre voisinage. On peut m’accuser d’avoir peur, d’une peur qui n’est pas la peur d’Autrui mais plutôt de la peur d’une autre invasion. Qui n’aurait pas  ressenti cette même peur, compte tenu du passé malheureux de l’Afrique ?

Je sais que vous êtes en train de passer à côté de nombreuses opportunités. Cependant, vos frustrations et votre peur ne doivent pas entraver le chemin vers votre avenir et vous faire perdre de vue votre objectif ultime. Celles-ci représentent des obstacles qui doivent être surmontés et cette lutte est la vôtre.

La question de couleurs demeurera un défi comme l’attestent les derniers événements en cours à travers le monde, notamment  le mauvais traitement infligé aux citoyens africains au Moyen-Orient, en Chine, en Inde ainsi qu’en Europe qui utilise la couleur comme excuse pour refouler les immigrés africains arrivés à ses portes.

Puisque vous êtes l’espoir de l’Afrique, vous pouvez changer le cours des choses sur votre continent.

Vous avez la chance et le devoir de ne pas laisser votre passé tragique dicter votre présent et votre avenir. Imprégnez-vous de votre propre histoire pour comprendre et apprendre les leçons du passé. Votre génération a l’unique opportunité d’avoir une technologie de pointe à sa disposition. Aujourd’hui, les réseaux sociaux constituent la nouvelle règle du jeu. Utilisez à bon escient votre temps, vos connaissances et la technologie pour changer le destin de votre continent.

Soyez attentifs aux signes précurseurs, signalez et publiez les cas d’incidents racistes, tirez les sonnettes d’alarme, exposez et désavouez publiquement de tels actes afin d’endiguer l’avancée du phénomène sur le continent et éviter une nouvelle répétition de l’histoire.

La jeunesse africaine, c’est à vous que revient la responsabilité de faire mieux.

Rejetez les démarcations basées sur la couleur et la race puisqu’elles ne servent que d’outils pour nous dominer. Refusez de vous dresser les uns contre les autres et enlever toutes les barrières érigées pour nous diviser : le genre, l’ethnie, la langue, la religion, les riches par contre les pauvres, le secteur public contre le secteur privé, le leadership contre la société civile, le monde rural contre le monde urbain. Vous devez défaire ce qui nous a été imposés par les autres.

Ne donnons pas la chance aux gens tels que Sarkozy, l’ancien Président de la France, voire à quiconque que ce soit, de manquer de respect à l’Afrique (Le discours de Dakar de Nicolas Sarkozy). Quelle ironie pour Sarkozy que d’avoir osé se moquer de nous sur notre propre sol, d’avoir osé nous soustraire de notre propre histoire quand on sait que l’Europe s’efforce par tous les moyens de glorifier son passé en le rapprochant de l’une des plus grandes civilisations que la planète ait connue, la civilisation africaine de l’ancienne Egypte !

Tant que l’intolérance reste gravée dans la conscience humaine, il se peut que nous n’emportions pas la guerre des races de si tôt. Néanmoins, nous pouvons toujours choisir notre bataille et diriger nos efforts pour nous consacrer à la lutte pour le pouvoir, une lutte qui s’avèrera décisive pour notre continent et notre peuple.

Unissons-nous pour bâtir une Afrique forte et puissante. Rassemblons nos forces pour défendre nos propres intérêts dans ce monde impitoyable qui n’admet aucune excuse.

Après tout, l’histoire de la Grèce contemporaine n’est-elle pas une question de pouvoir ?

(26 juillet 2015)

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