Un endroit pour tuer le temps

C’est lundi matin.

Le début d’une nouvelle semaine pour un collège typique à Pékin, en Chine.

A sept heures du matin, des parents se pressent pour déposer leurs enfants à l’entrée de l’école.  Comme il est de coutume une fois par semaine, les enfants se rassemblent dans la cour de l’école pour prendre part à la levée du drapeau national et au chant de l’hymne national.

A la sonnerie de la cloche de l’école à huit heures, les enfants se dirigent en rangée vers leurs salles de cours. Une fois entrés, ils saluent leurs enseignants de manière respectueuse et prennent leurs places respectives. De manière générale, les enseignants commencent la journée par une brève annonce d’événements et d’autres informations utiles aux élèves. Pendant les cours, l’attention des élèves est entièrement consacrée à leurs enseignants et à la suivie de leurs  leçons.

Au cours de la journée, les enfants ont droit à des pauses, une petite recréation dans la matinée et une pause-déjeuner d’une heure à midi, durant lesquelles ils peuvent se joindre aux autres et s’amuser sur le terrain de jeu. A trois heures de l’après-midi, la sonnerie de la cloche de l’école marque la fin de la journée et les parents attendent patiemment leurs enfants à la sortie des classes pour les ramener à la maison.

Après les cours, les enfants sont d’habitude occupés à faire leurs devoirs sous la surveillance de leurs parents et à se préparer pour la journée scolaire du lendemain. Ceux issus des familles plus aisées ont un emploi de temps plus chargé, prenant part à des cours particuliers et des activités extrascolaires organisés en dehors de l’école.

Entre temps, de l’autre côté de la planète, une école, se trouvant dans un quartier résidentiel chic d’une des villes africaines importantes, s’apprête à accueillir la nouvelle semaine.

Située en plein cœur d’un pâté de maisons, l’école est en réalité un jardin d’enfants du quartier transformée récemment en une école, niveau primaire et collège.  Comme cela est souvent le cas sauf pour les enfants inscrits à l’école maternelle, les élèves font le trajet à pied entre leur domicile et l’école seuls ou accompagnés d’un groupe d’amis.

Le matin apporte avec lui les cris d’enfants déjà arrivés dans l’enceinte de l’école à l’heure matinale de sept heures – un réveil loin d’être agréable pour les habitants vivant à proximité de l’école. Et pour couronner le tout, un groupe d’enfants, chargé de la clé du ‘centre multimédia’, s’empresse de mettre en marche la radio dans leur hâte de diffuser l’émission matinale de divertissements.

Avec le volume à fond, les hauts parleurs de l’école commencent bientôt à déferler une série de chansons populaires locales et internationales qui, dans la plupart des cas, sont peu adaptées à l’âge des enfants. La musique, entendue à des kilomètres à la ronde, est à même de réveiller les morts !

Peu après huit heures, la cloche de l’école – dont le son rappelle la sirène assourdissante d’une ambulance qui passe en trombe – appelle les enfants pour le rassemblement et l’exécution de la routine quotidienne dans la petite cours de l’école.  Des nouvelles et des pièces sont transmises à travers les haut-parleurs, suivies de la cérémonie de la levée du drapeau national et du chant de l’hymne national, avant que les enfants ne se dispersent pour rejoindre leurs salles de cours d’une manière complètement désorganisée.

Pourtant, bien après la sonnerie de neuf heures moins le quart annonçant le début des classes, un flot d’enfants, à l’allure peu pressée, continue d’entrer dans l’enceinte de l’école pour rejoindre les salles de cours. De plus, certains élèves font un va-et-vient incessant dans les couloirs et les escaliers des immeubles durant les heures de cours, tout en criant et en hurlant sans aucun répit. Ceux, dont les enseignants sont absents, s’amusent d’une manière bruyante, perturbant ainsi la tenue des sessions en cours.

Lors de la recréation et la pause-déjeuner, l’émission radio reprend de plus belle. Du fait de l’exigüité de la cour de l’école, les enfants restent souvent dans les escaliers et les balcons des immeubles pour jouer. Or, il se trouve que l’un des jeux auxquels ils s’adonnent à partir de leur emplacement est de lancer des objets – n’importe quel objet dont ils peuvent s’en saisir – sur les toits et les enceintes des maisons avoisinantes. L’autre aspect particulièrement gênant est leur tendance à se comporter de manière irrespectueuse et insolente à l’égard des habitants de ces maisons.

Dans l’après-midi, la durée des sessions paraît étrangement courte que la normale, qui est de 45 minutes par session, avec la journée scolaire s’achevant bien avant la sonnerie de la cloche à trois heures.  Au son de la cloche, les enfants se ruent pour descendre les escaliers dans un élan d’une foule incontrôlée, visiblement ravis de la fin de leur journée scolaire. De nombreux enfants prennent le chemin du retour, alors que certains s’attardent dans la cour de l’école pour jouer jusqu’à cinq heures.

Deux récits d’une journée scolaire tout à fait anodine pour des enfants vivant dans deux mondes différents, mais quelle différence entre ces deux mondes!

Dans le premier récit, il est évident que tout le monde en Chine – y compris les parents, les enseignants, l’administration de l’école, les autorités, voire même la société entière – s’intéresse de près à l’éducation des enfants et y joue un rôle actif.

L’acharnement au travail, la discipline, et le sens de devoir semblent symboliser les principes régissant la vie scolaire en Chine. Toute chose qui distrait ou dévie l’attention des élèves de leurs études est systématiquement écartée. Par exemple, dans le cas où les enfants sont accusés de délits, ils sont alors sujets  à des mesures disciplinaires sont effectivement marginalisés par leurs pairs, qui préfèrent se plier à la règle tacite de se mettre en compagnie de ‘bons’ élèves.

Etant donné l’intensité de la concurrence entre les élèves en vue de l’obtention des meilleurs résultats et des meilleurs classements, ces derniers n’ont ni l’incitation ni le temps pour commettre des bêtises ou des délits mineurs. La devise pour tout élève chinois est celle du travail acharné et du surpassement de soi et des autres pour devenir le meilleur, une attitude basée sur le principe du «gagnant emporte tout», fortement encouragée par les parents, les enseignants et l’administration de l’école. Les meilleurs élèves sont félicités ouvertement et considérés comme des exemples à suivre.

Par conséquent, les enfants chinois apprennent, dès leur tendre âge, que l’école est un endroit où ils peuvent apprendre et développer leurs aptitudes, où ils peuvent élargir leur champs de possibilités et d’opportunités, et où leur avenir commence à se dessiner.

Toutefois, comme toute chose dans la vie, rien n’est facilement acquis.

Ces enfants sont soumis à d’énormes pressions pour obtenir les meilleurs résultats et satisfaire les attentes élevées de leurs parents. Mais ceci est considéré comme étant le prix fort à payer d’avance pour garantir leur accès aux meilleures études supérieures et à une carrière de leur choix, ainsi que  pour accélérer leur ascension sociale dans le futur.

Au premier abord, le deuxième récit semble sortir tout droit d’un film de fiction.

Pourtant, il représente la réalité quotidienne de nombre d’élèves vivant dans cette ville africaine. Pour quelqu’un qui regarde de l’extérieur, il est facile d’imaginer comment l’on peut se sentir complètement dépassé par le grand chaos, l’absence de toute forme de règle, et le grand bruit qui règnent en maîtres dans cette école-ci, une tendance récente qui a envahi le système scolaire des établissements publics de la ville.

La majorité de ces enfants sont issus de familles modestes, et comme cela est souvent le cas, l’éducation est leur seule voie de sortie des pièges doubles que sont la pauvreté et l’ignorance. Mais au lieu de s’investir en temps et en effort dans leurs études, ces enfants ont l’attention rivée sur une multitude de facteurs distrayants, notamment le bruit et la confusion qui dominent le milieu scolaire, l’absentéisme des enseignants, le manque d’autorité dont fait montre l’administration de l’école la rendant inapte pour guider et instaurer le sens de discipline et de respect des règles, ainsi que les choses aussi futiles que les récentes tendances de mode et de musique.

Dans ces circonstances, on ne peut pas s’empêcher de se demander ce que ces enfants peuvent bien apprendre, sauf peut-être les paroles des chansons en vogue. Quand est-ce qu’a vraiment lieu le processus d’enseignement? Quand est-ce que ces enfants s’assoient-ils pour apprendre?

Tout ce dont ces enfants voient autour d’eux est le désordre absolu sans qu’il y ait aucune partie qui en réclame la responsabilité et prenne les mesures correctives pour redresser la situation. La question qui s’impose est alors celle de savoir si l’école ne s’est pas éloignée de son objectif principal, celui d’offrir un apprentissage réel à ces enfants et de leur inculquer les valeurs essentielles de la discipline, de la persévérance et de l’acharnement au travail, pour devenir au contraire un endroit où les enfants tuent leur temps, littéralement parlant.

Evidemment, la faute ne revient pas à ces enfants, mais plutôt aux parties (adultes) concernées – les enseignants, l’administration de l’école, les autorités gouvernementales, voire même les parents – qui sont les premiers responsables de l’éducation de ces enfants, et qui pourtant ont trahi leur confiance en leur dérobant des occasions précieuses pour apprendre et bâtir une meilleure vie future.

Force est de constater que l’intégralité du système scolaire est totalement imprégnée de l’attitude du ‘laissez-faire’ qui se retrouve aussi bien au niveau de la direction, du contrôle, et de l’engagement, qu’au niveau de la construction des établissements scolaires érigés de façon aléatoire à travers toute la ville, de la défaillance des systèmes et des processus d’enseignement, et de l’indifférence qui prévaut au sein du corps enseignant, des administrations des écoles, et des autorités chargées de l’éducation scolaire.

Personne ne semble être aussi irrité par l’état catastrophique des affaires de l’école susmentionnée, si ce n’est les habitants de ce quartier autrefois tranquille, surtout ceux vivant dans le voisinage immédiat de l’école qui, privés de leur calme et de leur intimité, sont forcés de vivre cette torture permanente au quotidien alors que leurs plaintes auprès des autorités concernées continuent d’être ignorées.

Le récit ci-dessus décrit probablement un des pires exemples d’échec du système scolaire en Afrique. Cependant il met en exergue l’étendue de la crise qui frappe le secteur de l’éducation à travers le continent.

A mon avis en tant qu’Afrizen, ceci est de loin une des questions des plus tragiques, mais malheureusement omises, de notre temps puisque l’avenir tout entier de l’Afrique en dépend.

Pour quel genre d’avenir préparons-nous la jeunesse africaine? Comment est-ce que les pays africains, qui aspirent à reproduire la réussite de la Chine et devenir des concurrents sérieux sur la scène internationale,  peuvent-ils y arriver s’ils continuent de compromettre l’éducation de leurs jeunes et de gaspiller leur potentiel? Quelle est la voie à suivre pour résoudre la crise de l’éducation en Afrique?

(31 janvier 2014)

A suivre…

Qu’avez-vous à dire à ce sujet ? Impliquez-vous et prenez la parole!

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3 comments

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