L’histoire d’un pays qui fait la cour à un continent – 2ème Partie

Considérons ceci :

  AFRIQUE CHINE
Superficie (millions, km2) 30,5 9,6
Population (milliard, 2010) 1,022 (est.) 1,316
Produit National Brut (PNB) (milliards de dollars E.-U, 2012) 2 000 (est.) 8 250

  (milliards de dollars E.-U)
Volume commercial entre lAfrique and Chine (2012) 200
Niveau d’investissement de la Chine en Afrique (en date de juin 2012) 45
Investissement Direct Etranger (IDE) de la Chine vers l’Afrique (2011) 4,5

(De sources diverses)

Les données ci-dessus nous offrent une vue d’ensemble du contexte dans lequel se situent les relations entre l’Afrique et la Chine, et nous aident à comprendre la logique qui sous-tend le partenariat entre l’Afrique et la Chine.

D’une part, l’Afrique – le deuxième continent le plus large après l’Asie en termes de superficie –  abrite 54 pays officiellement indépendants. D’après les estimations récentes, la population totale du continent avoisine 1 milliard d’habitants, dont 70% sont âgés de moins de 30 ans, faisant de l’Afrique le continent le plus jeune au monde.

Une caractéristique principale du continent est sa richesse exceptionnelle en matière de ressources naturelles (énergétiques et minérales) ainsi que l’immensité de ses terres qui restent en grande partie inexploitées.

Malgré le potentiel considérable des ressources humaines et naturelles qu’elle recèle, l’Afrique a jusque-là été incapable d’en tirer profit.

Certains qualifient ces ressources de “malédiction” du fait qu’elles ont été – et ne cessent de l’être – à l’origine d’innombrables tourments et souffrances pour ses citoyens. Par conséquent, l’Afrique, en tant que continent, est à la traîne derrière le reste du monde s’agissant des principaux indicateurs de développement.

D’autre part, la Chine, le pays le plus peuplé au monde, est devenue la remarquable réussite de notre temps grâce à ses réalisations socio-économiques exceptionnelles.  Ce pays, qui avait un faible niveau de développement comparable à celui de l’Afrique un demi-siècle auparavant, a su transformer son économie et la vie de ses citoyens en l’espace de moins de 3 décennies.  Pour ce faire, il a  tracé et a suivi sa propre voie en vue d’atteindre ses objectifs et sa vision.

A l’heure actuelle, avec une puissance économique inégalée et son ascension au rang de superpuissance, la China est en passe de devenir le leader du nouvel ordre mondial.

Alors, comment est-ce que l’Afrique peut-elle se mesurer à la Chine ?

Si l’on prend le Produit National Brut (PNB) comme comparateur, le PNB cumulé de l’Afrique toute entière – dont la superficie équivaut à 3 fois celle de la Chine – ne représente qu’une fraction, moins d’un quart du PNB de la Chine !

En toute honnêteté, comment est-ce que l’Afrique, poids plume en matière économique, peut-elle faire face à la Chine, le prochain leader international ?

En réalité, loin d’être un partenariat entre égaux, c’est la convergence d’intérêts d’une importance stratégique qui a réuni l’Afrique et la Chine. Tout simplement, l’Afrique détient la clé des ressources du 21ème siècle, et la Chine a besoin de ces ressources pour alimenter son économie assoiffée d’énergie et maintenir sa trajectoire de croissance.

Ces intérêts vitaux, du point de vue de la Chine, constituent les piliers des relations Afrique-Chine, qui sont primordialement – mais pas uniquement – des liens économiques et commerciaux à la base.

De ce fait, les échanges commerciaux entre le continent et la Chine ont connu un essor formidable, avec la Chine supplantant les Etats-Unis pour devenir le premier partenaire commercial de l’Afrique depuis 2009. Au cours de la décennie passée, le volume commercial entre les deux côtés s’est accru de manière exponentielle, s’élevant de 10 milliards de dollars E.-U en 2000 pour atteindre 200 milliards de dollars E.-U en 2012. Près de 80% des exportations de l’Afrique en direction de la Chine sont constituées de produits à base de matières premières, notamment du pétrole, du gaz et des produits minéraux.

Dans le même temps, la Chine a investi massivement en Afrique dans le but de consolider sa présence en Afrique, et surtout pour préparer le terrain en vue d’un partenariat durable qui garantirait la pérennité de ses intérêts économiques sur le continent.

Le montant cumulé d’investissements chinois sur le continent se chiffre à 45 milliards de dollars E.-U en 2012, axé principalement vers les secteurs énergétique et minier, suivi par le secteur BTP, et s’étendant rapidement aux autres secteurs des économies africaines, notamment les services (banques), l’industrie manufacturière, et l’agriculture.

Les tendances récentes semblent suggérer un accroissement constant du flux d’investissement direct étranger (IDE) chinois vers l’Afrique, à hauteur de 4,5 milliards de dollars E.-U en 2011, qui a permis de financer la création de 2.000 petites et moyennes entreprises (PME) chinoises recensées à travers le continent africain.

Les retombées des relations Afrique-Chine ont eu des effets globalement positifs sur les économies africaines.

Les grands gagnants sont évidemment les pays africains riches en ressources naturelles, particulièrement les pays producteurs de pétrole.  Toutefois, une grande partie des pays africains enregistrent et continuent d’enregistrer des taux de croissance parmi les plus forts et les plus soutenus au monde, et cette tendance est prévue de se poursuivre sans aucun signe d’essoufflement.

Nombreux sont ceux qui vantent le mérite de la Chine pour avoir aidé l’Afrique à renaître de ses cendres – une région que l’Occident a longtemps considérée comme étant « sans espoir », « oubliée », « perdue », ou encore « sombre ». Cette déclaration s’avère irréfutable dans la mesure où l’engagement de la Chine en Afrique a suscité un intérêt grandissant de part le monde, chez les pays émergeants comme chez les pays occidentaux, en vue d’un rapprochement avec le continent.

Par ailleurs, la Chine a octroyé à l’Afrique des sommes considérables sous forme d’investissement et d’aide financière dont le continent avait grand besoin pour financer son développement. L’Afrique est alors en phase de devenir la « Nouvelle frontière », un acteur et un concurrent sérieux, une région à l’avenir semble radieux, et une destination de choix pour les investissements.

Intéressant de voir un tel revirement des tendances depuis que la Chine a commencé de faire la cour à l’Afrique ! Désormais, le monde se presse aux portes du continent pour une part du gâteau africain!

L’alliance entre l’Afrique et la Chine a assurément changé le cadre du partenariat sur le continent. Par le passé, les rapports étaient essentiellement établis entre l’Afrique et l’Occident, qui entretenait des liens avec le continent d’une manière fragmentée et suivant le tracé des sphères d’influence telles que définies par le passé colonial, l’importance géopolitique, ou autres affinités spéciales.

En forgeant un partenariat avec tout un continent, la nouvelle approche de la Chine marque une rupture par rapport au passé, ouvrant ainsi un nouveau chapitre en matière de partenariat international.

Ce faisant, la Chine a établi ses propres règles régissant ses relations avec l’Afrique que les autres pays émergeants, et plus récemment les pays occidentaux, tentent d’adopter dans leurs rapports avec l’Afrique. Il est devenu courant ces derniers temps d’entendre parler de partenariats et de fora Inde-Afrique, Brésil-Afrique, Turquie-Afrique, Japon-Afrique, Corée du Sud-Afrique, voire même Vietnam-Afrique.

La Chine a clairement l’intention de sécuriser ses sources d’approvisionnement en énergie et autres ressources naturelles en Afrique, chose indispensable à son essor au rang de superpuissance mondiale. Etant donné cela, le fait que la Chine soit venue en Afrique munie de son propre plan en parfait accord avec ses objectifs de développement, et d’une stratégie bien réfléchie pour gérer ses relations avec le continent ne doit étonner personne. La politique africaine de la Chine offre ainsi un cadre pour la gestion de ses rapports avec le continent, qui ne se limitent pas à la seule sphère économique mais couvrent également plusieurs autres dimensions.

Une chose est sûre : la Chine est en Afrique pour le long terme. Au lieu de se lancer dans des débats stériles au sujet de l’implication de la Chine en Afrique, il est grand temps pour l’Afrique de venir à bout du fait accompli, et d’embarquer dans un processus de réflexions sérieuses sur la manière dont elle compte entretenir des rapports avec la Chine afin d’assurer un partenariat équitable et bénéfique du point de vue de l’Afrique.

Je suis convaincue que l’avènement de la Chine en Afrique offre au continent une opportunité rare et sans pareil, lui permettant de prendre du recul et de repenser ses relations avec la Chine, et partant avec le reste du monde.  Cela représente une occasion formidable pour que l’Afrique puisse prendre un nouveau départ, pour qu’elle puisse façonner et influencer ses relations de manière à ce que les intérêts de ses citoyens soient bien servis.

Toutefois, le continent doit faire attention à ne pas simplement calquer la politique africaine de la Chine. Il doit plutôt s’efforcer à faire le point de ses relations passées et présentes, à évaluer ses atouts et ses faiblesses, et à tirer des leçons des partenariats qui se sont soldés en échec afin de pouvoir élaborer sa propre stratégie, en droite ligne avec ses priorités et sa vision de développement ainsi que les besoins et aspirations de ses citoyens, et qui, par ailleurs, guiderait ses relations pluridimensionnelles avec la Chine.

Elaborer et adopter une politique chinoise commune à l’Afrique s’avère primordiale pour renforcer la position du continent dans les négociations. Cela pourra également servir de référence pour tous les autres partenariats – actuels et futurs – pour lesquels l’Afrique devra développer de pareils cadres et politiques.

Ce n’est qu’à ce moment-là que l’Afrique peut se déclarer prête à accueillir les prétendants qui lui font la cour! Ce n’est qu’alors que l’Afrique pourra ouvrir grand ses portes pour faire des affaires!

La politique chinoise de l’Afrique ne doit pas seulement se pencher sur les grandes questions, à savoir notamment, l’utilisation des atouts du continent comme levier pour la réalisation des objectifs de développement ; la détermination de la nouvelle position géopolitique de l’Afrique ainsi que du nouveau rôle qu’elle doit jouer ; l’objectif d’assurer que les citoyens africains deviennent les plus grands bénéficiaires des partenariats et des gains de développement du continent ; et, la réduction des activités illégales, en particulier les exploitations minières illégales et le braconnage.

La portée des relations Afrique-Chine sur les citoyens africains est toute aussi importante.  Les retombées positives constatées à un haut niveau, c’est-à-dire au niveau macroéconomique, n’ont pas encore abouti à l’effet de ruissellement escompté ni apporté des changements concrets dans la vie de la majorité des citoyens africains.

Nombreux sont ceux qui citent les pertes d’opportunités, suite à la fermeture de plusieurs usines et compagnies incapables de contrecarrer la concurrence chinoise ; le manque d’opportunités, qui s’accompagne de l’accroissement du nombre de travailleurs chinois se ruant vers l’Afrique et de compagnies chinoises qui s’installent un peu partout sur le continent ; la mauvaise qualité des produits chinois qui ont inondé les marchés africains ; les cas de non-observance de règles et de normes en vigueur dans les pays africains par les compagnies et citoyens chinois, conduisant à des situations de discordes, de conflits, voire même de violence ; la basse qualité de travail exécuté par les sous-traitants chinois; et enfin, les barrières de langue et de culture.

Ce sont certaines de ces questions (sujets qui seront discutés dans les prochains articles de ce blog) qui commencent à faire surface et à affecter la vie des citoyens africains de manière négative.

Le fait d’exposer ces questions d’un grand intérêt pour les citoyens africains et de tenter d’apporter des réponses se révèlera particulièrement utile pour une relation saine, équilibrée, et mutuellement bénéfique entre l’Afrique et la Chine, en allant de l’avant.

Par contre, le fait d’ignorer ou de rejeter les préoccupations exprimées par les citoyens africains ne servira l’intérêt de personne, mais plutôt jettera des zones d’ombre sur un partenariat qui, autrement, s’annonce prometteur. Ces questions peuvent nous éclairer sur les raisons pour lesquelles les relations florissantes entre l’Afrique et la Chine au plus haut niveau n’arrivent pas à se concrétiser au niveau des citoyens africains.

La Chine semble ouverte au dialogue, du moins d’après les assurances données par les hauts responsables chinois pour tenter de calmer les inquiétudes exprimées par les gouvernements africains. Par conséquent, il incombe à l’Afrique de s’assurer que les préoccupations de ses citoyens soient entendues. Ces préoccupations peuvent également servir de base pour formuler et enrichir la politique chinoise de l’Afrique.

Elaborer une telle politique est loin d’être une tâche facile. Cela requiert une bonne dose de volonté et un effort collectif, ainsi que la participation active de chacun de nous, citoyens africains, du sommet jusqu’à la base.

C’est maintenant que nous devons partir sur de bonnes bases. La question qui demeure est celle-ci : sommes-nous prêts à saisir l’occasion pour écrire nos propres règles afin de régir nos relations avec la Chine ? A quand la mise en œuvre de la politique chinoise de l’Afrique ?

(22 octobre 2013)

 

Qu’avez-vous à dire à ce sujet ? Impliquez-vous et prenez la parole!

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