L’histoire d’un pays qui fait la cour à un continent – 1ère Partie

Toute personne, en particulier celles qui ont visité la Chine, ne peut s’empêcher d’être fascinée par la formidable transformation socio-économique du pays. La montée en puissance, à la fois consciencieuse et discrète, de la Chine – l’ascension la plus rapide dans l’histoire de l’humanité – a pris le monde entier au dépourvu. Pas étonnant que l’Occident ait surnommé le succès de la Chine de “miracle”! Le pays a alors suscité une grande admiration et un grand respect de part le monde, voire même des plus sceptiques.

La puissance économique ainsi que la croissance robuste de la Chine, qui n’a commencé à ressentir les effets de la crise financière internationale que tout récemment, font l’envie de l’Occident alors qu’elles constituent une source d’inspiration pour bon nombre de pays en développement, y compris en Afrique. A titre personnel, je suis de ceux qui souhaiteraient voir ce même dynamisme répliqué dans le rythme et l’échelle de transformation, ainsi que dans le niveau de développement du continent africain.

Une chose est sûre : tout n’est pas aussi rose telles que laissent paraître les premières impressions.

En tant que puissance émergeante, la Chine a ses propres défis à surmonter, notamment ceux liés à l’équité dans la distribution de la croissance et des gains socio-économiques au niveau national, à la résolution des problèmes environnementaux, à la création d’emplois de qualité pour ses jeunes, et à l’amélioration en matière des règles de sécurité, du contrôle-qualité et des normes, entre autres.

Néanmoins, je ne doute aucunement que la Chine ait parfaitement orchestré de manière discrète et réfléchie sa grande entrée sur la scène mondiale.

La Chine était prête pour le monde bien avant que le monde fut prêt pour la Chine.

L’avènement de la Chine a totalement bouleversé le statut quo, jusque-là maintenu par l’Occident en tête, et a annoncé l’avènement d’un nouvel ordre mondial dans lequel la Chine entend assumer le rôle de leader mondial. Dans ce nouveau cadre, l’Afrique semble offrir le tremplin idéal pour propulser véritablement la Chine sur la scène internationale.

Au tournant du 21ème siècle, la Chine prit la décision audacieuse et sans précédent de nouer une alliance stratégique avec l’Afrique, signalant ainsi une nouvelle époque en matière de relations internationales. L’Afrique devint alors le centre d’intérêt de la Chine, une région considérée vitale pour son importance stratégique à même de faire avancer les ambitions de la Chine en tant que superpuissance émergente.

La première fois que j’ai eu vent des ‘relations Chine-Afrique’ en 2003, la question qui m’a immédiatement traversée l’esprit était celle-ci : ‘Comment est-ce qu’un seul pays, la Chine, peut entrer en relation avec tout un continent, l’Afrique ?’ Toutefois, au fur et à mesure que j’étudiais la question, je me suis rendu compte que c’est l’intérêt de la Chine en Afrique qui est à l’origine et aux commandes de ce partenariat, alors que l’Afrique y est entrée pratiquement malgré elle.

La déclaration explicite de la Chine et ses avancées rapides sur le continent africain furent l’objet de débats passionnés et de critiques de la part de l’Occident, qui a toujours considéré l’Afrique comme sa chasse-gardée. L’Afrique est encore une fois le théâtre des affrontements, le ‘choc des titans’, avec d’une part l’Occident et de l’autre, le leader mondial en devenir qui nous provient de l’Est, c’est-à-dire la Chine.

L’Afrique figure une nouvelle fois sur la carte géopolitique, et son importance stratégique occupe à nouveau une place centrale dans les affaires mondiales;  mais cela, loin d’être le résultat de ses propres efforts et actions, est plutôt la conséquence des rivalités entre les deux plus puissants blocs planétaires.

En l’espace d’une décennie, la Chine a progressivement remplacé l’Occident pour devenir le partenaire de choix de l’Afrique. De ce fait, la réaction de l’Occident va de soi, vu que l’engagement croissant de la Chine en Afrique constitue une véritable menace aux intérêts particuliers et à l’influence de l’Occident en Afrique.

Toutefois, le débat international entre les partisans et les opposants de l’engagement de la Chine en Afrique fait abstraction d’un aspect particulièrement crucial: la perspective de l’Afrique en ce qui concerne ses rapports avec la Chine.

L’Afrique a jusque-là été réactive, au lieu d’être proactive, vis-à-vis de l’intérêt croissant que lui porte la Chine et les implications de grande portée que ces rapports peuvent avoir pour le continent. L’Afrique, en tant que continent, a complètement été prise de court.

Durant la phase initiale, certains en Afrique ont accueilli la Chine comme ‘l’amie de l’Afrique’, qui est venue à la rescousse du continent pour lui apporter une aide concrète. Pour eux, la Chine représente une meilleure alternative à l’Occident et un modèle à suivre. Néanmoins, une fois la fascination s’est rapidement estompée, un nombre grandissant de citoyens africains ont commencé à exprimer leurs préoccupations et à poser diverses questions légitimes et bien fondées au sujet des relations entre l’Afrique et la Chine.

En tant qu’Afrizen, j’étais au tout début assaillie par la peur et les doutes s’agissant des véritables intentions de la Chine en Afrique. Les premières questions que je me suis posées étaient les suivantes: Que signifie ce vent de changement pour l’Afrique et quelles pourraient être les répercussions non-anticipées que cela peut entraîner dans son sillage? Est-ce que cela va se traduire par une nouvelle invasion de l’Afrique par une puissance étrangère ? Quels en sont les compromis?

Cependant, après mure réflexion, je suis arrivée à la conclusion que la Chine n’est ni “bonne” ni “mauvaise” pour le continent, mais qu’elle est plutôt un partenaire comme tout autre dans le monde, ayant son propre programme et ses propres intérêts à défendre. En réalité, je suis de l’avis que l’avènement de la Chine peut se révéler être une bonne chose, à condition que l’Afrique apprenne à forger des liens avec la Chine – et par extension, avec le reste du monde – d’une manière àce que ses propres citoyens puissent tirer le maximum de d’avantages de ces rapports.

Or, l’Afrique est-elle vraiment prête pour la Chine?

Etant donné que le partenariat entre l’Afrique et la Chine est sensé se renforcer et s’approfondir en allant de l’avant, il s’avère urgent de jeter un regard vers l’intérieur, de mener une introspection afin d’évaluer la capacité et le niveau d’engagement de l’Afrique avec la Chine, et d’apporter des réponses aux questions suivantes.

Comment est-ce que nous, citoyens africains, percevons les rapports de l’Afrique avec la Chine ? Quels doivent être nos rôles et nos responsabilités dans ces relations ? Quelles sont nos attentes et nos contributions ? Comment pouvons-nous assurer que nous, citoyens africains, puissions bénéficier pleinement des liens entre notre continent et la Chine, voire de toute autre relation actuelle et future ? Que pouvons-nous espérer tirer de ce partenariat avec la Chine et de la fenêtre d’opportunité qui nous a été offerte ?

Ces questions et tant d’autres méritent toute l’attention des citoyens africains et de leurs leaders, et partant, peuvent servir de base pour modeler le partenariat de l’Afrique avec la Chine.

(3 septembre 2013)

A suivre…

 

Qu’avez-vous à dire à ce sujet ? Impliquez-vous et prenez la parole!

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s